Organisations et institutions agricoles

Nos recherches combinent les perspectives sociologique et psychosociologique, les méthodes qualitatives et quantitatives pour analyser les effets sociaux des innovations institutionnelles et technologiques en milieu rural. Nous analysons les réponses à l’échelle individuelle ou collective des ruraux suite à l’introduction d’innovations institutionnelles, socio-techniques ou suite à des modifications environnementales.

L’unité « Organisations et Institution Agricoles » du LRIDA s’investit sur trois principaux axes de recherche :

  • les mutations de politiques, d’approches et de méthodes de conseil agricole et leurs implications
  • les systèmes d’innovation agricole face aux changements environnementaux, notamment sociaux, économiques et climatiques
  • les actions collectives dans l’accompagnement des producteurs agricoles

Mutations de politiques et d’approches de vulgarisation et de conseil agricole

Les différentes contributions que nous avons apportées portent sur de cinq points qui sont (i) les évolutions récentes dans les approches et méthodes de conseil ; (ii) les processus d’adoption et d’appropriation d’innovation technique et organisationnelle ; (iii) le les effets, les impacts et la durabilité du conseil ; et (iv) les politiques, la gouvernance et le financement du conseil.

Evolutions récentes dans les approches et méthodes de conseil – Pour comprendre les récentes évolutions dans les approches de conseil agricole au Bénin, nous sommes retournés sur les empreintes et le parcours de la vulgarisation agricole. Cette analyse historique a permis de ressortir les approches de vulgarisation agricole changeaient toute les décennies et ceci au gré des paradigmes définis principalement par les bailleurs de fonds. Ensuite, nous avons contribué à caractériser les principales innovations d’approches au cours de ces dernières années. Il en ressort le conseil à l’exploitation agricole familiale est l’approche qui a le plus émergés dans les pays francophone d’Afrique de l’Ouest. Au-delà du transfert de connaissance agricole, cette approche permet de renforcer les compétences de gestion des producteurs. Mais donnée d’une certaine manière, le conseil à l’exploitation agricole familiale risque d’être un renouvelle des approches de transfert de technique, mais cette fois-ci dans le champ de la gestion. Nous avons complété cette vue d’ensemble des évolutions récentes dans les approches et méthodes de conseil par des recherches sur les approches de conseil dans des contextes spécifiques comme dans les pays du Nord, autour des grands barrages en Afrique de l’Ouest. Nous pouvons retenir de ces investigations qu’il ne saurait y avoir un conseil agricole « passe-partout », mais plutôt un conseil qui s’adapte à des contextes variés.

Processus d’adoption et d’appropriation d’innovation technique et organisationnelle – Les résultats de nos recherches sur les processus d’adoption et d’appropriation d’innovations techniques et organisationnelles ont permis d’identifier les facteurs socioculturelles socioéconomiques, technico-institutionnels et psychosociologiques qui influencent l’adoption et l’appropriation des innovations sociotechniques. Il ressort de ces études que les facteurs socioculturels et psychosociologiques opèrent comme des médiateurs qui servent de prismes d’appréciation des facteurs techniques, organisationnels et socioéconomiques.

Effets, impacts et durabilité du conseil – Nous avons caractérisé la performance des innovations institutionnelles apportées par les organismes de développement en réponses à des préoccupations spécifiques de producteurs comme l’accès au marché, l’accès au crédit et la qualité des services agricoles. Puisque ces réformes institutionnelles sont pour la plupart pilotées de l’extérieur, leur succès reste généralement limité dans le temps. Par exemple, nous avons élucidé jusqu’à quel point le conseil à l’exploitation agricole familiale vue comme une innovation institutionnelle pouvait bénéficier aux agriculteurs qui n’ont pas participé au projet l’ayant introduit dans le milieu. Nous avons constaté qu’un transfert de connaissance et de capacité d’analyse d’envergure limitée s’opère entre participants et non participants dans les projets conduisant ainsi à une augmentation des effets du conseil. Nos résultats montrent assez clairement que la durabilité des innovations organisationnelles dans le conseil agricole reste une problématique majeure.

Politique, financement et gouvernance du conseil agricole – Nous mettons en exergues dans nos recherches les efforts consentis dans les pays francophones d’Afrique de l’Ouest en général et au Bénin en particulier pour élaborer des politiques de conseil agricole ; les questions de conseil agricole étant jadis noyées dans les politiques agricoles globales. Cependant, nous constatons que les politiques de conseil agricole, à l’instar des politiques agricoles sont encore fortement influencées par les bailleurs de fonds appelés partenaires techniques et financiers. Les résultats présentés dans la plupart de ces articles montrent la nécessité d’inclure les mécanismes de partenariat, de réseautage et de financement dans les politiques de conseil agricole en Afrique de l’Ouest. La mise en relation des services de conseil à l’intérieur de chaque pays et entre les pays permettra d’améliorer leur performance qui pour la plupart des acteurs doit être dans son état actuel financé en grande partie par l’Etat.

Systèmes d’innovation agricole face aux changements environnementaux

Au cours de ces dernières années, nos recherches ont contribué à analyser comment les systèmes d’innovation agricole réagissent face aux changements environnementaux, notamment les changements climatiques et technico-économiques.

Changements environnementaux – Nous avons montré comment les producteurs agricoles faisaient évoluer dans divers contextes leurs pratiques agricoles en réponse aux changements climatiques au Bénin. Ces innovations paysannes ont cependant une efficacité limitée face à des questions cruciales comme par exemple le maintien de la biodiversité. Les décideurs politiques et les organismes de développement tentent de jouer leur partition dans la gestion des changements climatiques. Mais on constate que les structures en charge de la gestion des changements climatiques manquent d’expertise dans l’accompagnement technique des producteurs alors que les structures en charge de l’accompagnement des producteurs n’ont pas suffisamment d’expertise sur les changements climatiques. Il apparait nécessaire d’établir une coordination des actions des organismes impliqués dans la gestion des changements climatiques afin de garantir une synergie. Par ailleurs, face à une question aussi complexe et sans cesse en évolution comme le changement climatique, il parait important d’adopter des approches d’accompagnement qui stimulent un apprentissage transformatif des acteurs, avec en premier lieu les producteurs. Ce type d’apprentissage est nécessaire pour rendre les producteurs un peu plus autonomes dans la gestion des changements climatiques.

Changements technico-économiques – Nous avons contribué à comprendre les réponses des systèmes d’innovation agricole face à des changements de l’environnement technico-économiques comme le développement du vivrier marchand et la marchandisation des semences. Un accompagnement est nécessaire pour aider les producteurs à faire face à ces changements technico-économiques. L’introduction de la technique de mini-fragmentation dans la production de semences d’igname, certes avec un succès limité de fait de ses exigences  sociotechniques illustre assez bien les efforts effectués dans ce sens par les organismes d’appui aux producteurs.

Action collective dans les approches d’accompagnement des producteurs agricoles

Un nouveau champ d’investigation sociologique que nous explorons actuellement concerne le montage et la performance des actions collectives dans l’accompagnement des producteurs agricoles. Les recherches que nous avons conduit jusque là ont analysé comment le capital social est mobilisé pour promouvoir la participation individuelle aux activités collectives des groupements de producteurs, pour dynamiser les systèmes semenciers et gérer les conflits dans les groupements de producteurs.